TPR, pour un apprentissage naturel des langues

TPR, pour un apprentissage naturel des langues

Si l’apprentissage/l’enseignement d’une langue étrangère avec l’aide des illustrations est une bonne chose (le Français illustré le sait bien !), il est important d’associer à cette façon de faire d’autres approches pour compléter ce mode d’acquisition / d’enseignement. L’idéal, selon moi, est d’utiliser des méthodes qui se rapprochent le plus possible de l’acquisition naturelle des langues maternelles. Parmi ces méthodes, il en existe une, assez peu connue, mais que j’ai testée et que je trouve d’une grande force, principalement avec les apprenants débutants. Il s’agit du TPR.

Le TPR, qu’est-ce que c’est ?

James J. AsherLe TPR, ou Total Physical Response, est une méthode mise au point par James Asher à la fin des années 1960 en Californie. Le principe de cette méthode est l’apprentissage en écoutant, en observant et en faisant (en imitant). La technique du TPR permet d’associer le langage et le mouvement physique. L’instructeur donne des ‘commandes’ en langue cible tout en faisant ce qu’il dit. L’apprenant réagit en exécutant ces commandes. Cet apprentissage par imitation permet aux apprenants d’associer le sens d’une action avec des mots / avec une phrase. Un tel apprentissage passif ne fait évidemment pas appel à un cours explicite des règles de grammaire. Tout se déroule sous forme de jeu, de la façon la plus naturelle possible.

L’exemple de l’apprentissage de la langue maternelle

James Asher a développé la technique du TPR en réfléchissant à l’apprentissage de la langue maternelle par les jeunes enfants. Ceux-ci apprennent leur langue maternelle tout d’abord en écoutant et en observant leurs parents. Les parents encouragent leurs enfants à réagir physiquement à leurs paroles. Et l’interaction parent/enfant est renforcée par d’autres mots/paroles du parent lorsque l’enfant répond par un geste. Cela crée une interaction positive qui favorise l’apprentissage. De cette observation, James Asher s’est rendu compte que l’apprentissage d’une langue passait d’abord par l’écoute, par le geste, dans un environnement sans stress. De même, Asher s’est rendu compte que les jeunes enfants pouvaient réagir adéquatement à des phrases de structure assez complexe sans pour autant être capables de les produire eux-mêmes. Pour James Asher, on peut naturellement apprendre une langue par l’écoute. Il pense que l’apprenant intègre mieux ce qu’il vient d’entendre s’il y associe un mouvement qui fait sens.

Priorité à l’écoute

Pour le TPR, l’apprentissage d’une langue étrangère doit débuter donc par une phase d’écoute et ne nécessite pas une prise de parole. D’ailleurs, on ne force jamais les apprenants à parler. Ce n’est qu’après la phase d’écoute que les apprenants passent sans véritable effort, et quand ils sont prêts, à une phrase de production orale en donnant à leur tour les instructions TPR à d’autres apprenants. Asher considère le développement de la compréhension orale comme la meilleure manière de développer l’expression orale.

Le cours de TPR

TPR exempleUn cours de TPR se déroule généralement en groupe. A chaque leçon, un nombre limité d’instructions sont introduites par l’enseignant. Ces instructions sont tout d’abord jouées par l’enseignant et par quelques apprenants volontaires. Ensuite, tous les apprenants entrent en action au gré des diverses instructions. Celles-ci sont répétées et combinées jusqu’à leur acquisition. Au cours suivant, de nouvelles instructions sont introduites, augmentant le vocabulaire. L’enseignant les combine avec ce qui a déjà été appris. Au début, la salle de classe est suffisante pour commencer le TPR, par la suite, on peut utiliser tous les objets que l’on veut (réels ou sous forme de jouets ou représentés par un dessin, une affiche).

Exemple de la première leçon de la méthode TPR

Dans son manuel Learning Another Language Through Actions, James Asher propose de commencer la première leçon avec seulement quelques verbes. L’enseignant et les apprenants sont assis. L’enseignant dit et fait ce qu’il dit ; un ou deux apprenants volontaires imitent les gestes de l’enseignant :
– Lève-toi.
– Assieds-toi.
– Lève-toi.
– Marche.
– Arrête-toi.
– Retourne-toi.
– Marche.
– Arrête-toi.
– Retourne-toi.
– Assieds-toi.
Puis, l’enseignant ajoute de nouvelles instructions :
– Montre la porte.
– Montre la chaise.
– Montre la table.
L’enseignant poursuit :
– Montre la porte. Marche vers la porte. Touche la porte.
– Montre la chaise. Marche vers la chaise. Touche la chaise.
– Montre la porte. Marche vers la porte. Touche la porte.
Enfin, après la phase d’acquisition et lors de la phase de reproduction pendant laquelle l’enseignant n’agit plus et ne donne que des instructions, celui-ci peut introduire des combinaisons et demander à un apprenant :
– Lève-toi. Marche vers la table. Montre la porte. Marche vers la porte et touche la porte.
À la fin de la séance de TPR, l’enseignant peut même demander aux apprenants de réaliser des instructions inattendues : Marche vers la table et assieds-toi sur la table.

Ça fonctionne !

salle de classeCe type d’enseignement peut paraître simpliste ou ridicule, mais détrompez-vous, ça marche. J’ai eu l’occasion, en tant que prof, d’utiliser le TPR en classe, et je pouvais très rapidement réaliser ma gestion de classe uniquement en français avec des élèves de première années. Le côté ludique est aussi à souligner, aussi le fait que les apprenants peuvent bouger et ne pas rester seulement assis à leur pupitre. Le TPR fait appel aux autres formes d’intelligence (comme l’intelligence kinesthésique ou spatiale), ce que fait rarement l’enseignement traditionnel des langues. La méthode TPR permet aussi aux apprenants dyslexiques d’apprendre une langue étrangère sans être gênés par leurs difficultés d’apprentissage.

Peut-on enseigner entièrement une langue étrangère avec le TPR ? Les tenants du TPR l’affirment. De nombreuses personnes considèrent que le TPR fonctionne, qu’il est une bonne manière d’aborder une langue, mais que c’est limité aux verbes à l’impératif. Il est clair qu’au fur et à mesure de l’apprentissage, il sera utile d’introduire d’autres manières d’aborder l’apprentissage de la langue cible.

Le livre : James J. Asher, James ; Learning another language through actions ; Sky Oaks Productions, Los Gatos, California, (1977-2009)
Le site : http://www.tpr-world.com/

Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs « L’apprentissage (quasi) naturel des langues étrangères », organisé par… le blog Le français illustré.

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Cet article a 3 commentaires

  1. Je m’étais intéressée à la méthode TPR mais je m’étais perdue dans le jargon technique… Vous l’expliquez très bien et je comprends bien maintenant comment elle peut être utilisée en classe en début d’apprentissage. Merci !

    1. Merci pour votre message. Le TPR peut être un véritable moment ludique pour la classe. Bonne chance !

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