Comment contourner les blocages de l’apprentissage d’une langue étrangère

Comment contourner les blocages de l’apprentissage d’une langue étrangère

Pour surmonter les blocages de l’apprentissage du français langue étrangère, variez les stimuli.

Pour surmonter les blocages psychologiques liés à l’apprentissage d’une langue étrangère, il faudrait peut-être non pas s’inquiéter de l’apprenant, mais de la méthode qui lui est imposée. Les croyances limitantes dans les processus d’apprentissage reposent sur des traditions et des situations scolaires. Elles ont imposé l’écrit comme un moyen facile à mettre en place et aisément reproductible par le corps enseignant. Surmonter les blocages de l’apprentissage des langues, surmonter les difficultés des apprenants, c’est prendre des chemins de traverse, c’est savoir utiliser tous nos sens et la grande variété des stimuli possibles.

Apprendre ne va pas toujours de soi.

Des apprentissages trop souvent liés aux conditions extérieures

Souvent un apprentissage est lié aux conditions dans lesquelles il se réalise : il dépend de l’enseignement (le programme national), du cadre éducatif (la classe), de la stratégie adoptée par l’enseignant et/ou l’institution (le livre), parfois par l’enseignant lui-même. La plupart du temps, l’enseignement est réalisé en masse selon une méthode particulière (définie par l’institution et/ou le prof). Parfois, on apprend seul, mais le risque est d’aborder l’apprentissage en suivant la tradition (par exemple, pour apprendre une langue étrangère, il faut faire des exercices de grammaire).

Trouver votre propre manière d’apprendre

Or il n’y a pas de meilleure manière d’apprendre que celle qui vous est propre. Certes, se confronter aux méthodes des spécialistes (les enseignants) peut avoir du bon. Mais selon moi, il est indispensable de trouver, en partant de ce que l’on a vécu à l’école, le mélange idéal pour bien apprendre : un peu de ça, une dose de ci, avec cette façon-là et ce truc-ci. Et cela est propre à chacun. L’important, c’est d’en être conscient et de savoir le mettre en place.

Prendre conscience de ce qui marche pour chaque apprenant

Selon moi, c’est cette prise de conscience qui manque souvent chez les apprenants de nos écoles. L’élève suit le cours d’un enseignant, le style de ce dernier ne coïncide pas toujours avec le type d’apprentissage idéal pour cet élève, et ça bloque ! L’élève ressent trop de difficultés (même s’il en faut pour pouvoir avancer), et celles-ci l’empêchent de progresser.

Le rôle de l’enseignant

Les élèves n’en ont généralement pas conscience. Le rôle de l’enseignant, c’est aussi de les aider à surmonter ces blocages. Et plutôt que de les surmonter, je dirais qu’il faut les contourner. Ou encore passer à travers. Si un apprentissage uniquement basé sur l’écrit et la manipulation de l’écrit freine un élève, même s’il n’est pas inutile de persévérer dans une certaine mesure, il sera bénéfique, presque libérateur pour l’élève de lui faire découvrir d’autres façons d’aborder l’apprentissage. Il faut savoir offrir à l’élève un peu d’air frais, de l’oxygène, plus d’espace dans son apprentissage.

Augmenter et diversifier les stimuli

Une des façons de contourner un blocage dans un apprentissage, c’est d’essayer de stimuler d’autres formes d’intelligence. Sans rentrer en détail dans les intelligences multiples de Gardner, sans vouloir prendre parti sur les polémiques autour des styles d’apprentissage, je vous propose d’insérer dans votre enseignement d’autres formes de stimuli à côté de ce que vous avez l’habitude de faire ou de ce qu’on vous demande de faire (suivre la méthode de l’éditeur). Je ne parlerai ici que de deux formes de stimuli : les stimuli kinesthésiques et visuels.

 

Quand faire libère la parole

Apprendre en bougeant

L’intelligence kinesthésique, c’est la capacité à utiliser son corps pour créer, réaliser et apprendre des choses. Certaines personnes sont très à l’aise avec leur corps. Pensez aux sportifs, aux danseurs, aux artisans. D’autres le sont moins, sans doute. Mais il serait dommage de ne pas utiliser le mouvement, le rapport du corps au monde pour apprendre une langue. Apprendre en bougeant ravit ceux qui ont des facilités ‘kinesthésiques’, mais aussi ceux qui en ont moins, car, j’en suis persuadé, la variété des stimuli ne peut que renforcer les apprentissages. Il n’est pas nécessaire d’avoir un profil d’apprentissage kinesthésique pour apprendre en bougeant.

Réveiller l’apprenant et surmonter les blocages psychologiques

La première vertu du mouvement en classe pourrait être de réveiller les apprenants, les tirer d’un affaissement – voire d’un endormissement – causé par la station assise pendant plusieurs heures d’école. Le mouvement offre au cerveau une oxygénation utile à son meilleur fonctionnement. Introduire du mouvement dans l’apprentissage des langues permet aussi à certains apprenants qui bloquent sur un enseignement trop livresque de leur montrer que d’autres voies sont possibles, qu’une variété de voies offrent un cocktail utile et attrayant.

TPR exemple

Le Total Physical Response

Le TPR, ou Total Physical Response, méthode mise au point par James Asher a un principe fondamental simple et efficace : c’est en écoutant, en observant, et ensuite en faisant (en imitant) qu’on peut apprendre une langue étrangère. L’instructeur donne des ‘commandes’ en langue cible tout en faisant ce qu’il dit. L’apprenant réagit en exécutant ces commandes. Une association mots-phrases et actions se crée. L’apprenant intègre ce rapport langue et réalité souvent beaucoup mieux qu’un simple apprentissage livresque. Après une période d’écoute et de réalisation muette des actions énoncées, s’il se sent prêt, alors l’apprenant pourra à son tour énoncer avec beaucoup de facilité des commandes pour ‘faire bouger’ ses camarades de classe. Pour en savoir plus, je vous invite à lire l’article « TPR, pour un apprentissage naturel des langues. »

pour un apprentissage naturel - TPR

L’Accelerative Integrated Methodology,

Le AIM, ou Accelerative Integrated Methodology, créée par Wendy Maxwell, à l’origine pour le français langue étrangère, est une méthode basée sur une gestuelle qui pourrait ressembler au langage des sourds et muets. Le principe est de soutenir le français oral par des gestes codés, facilement assimilables par les apprenants. Les résultats de cette méthode sont surprenants si on considère le niveau élevé de compréhension et d’expression orale des apprenants après une année de AIM. Les cours en AIM sont presque à 100% donnés en langue cible. À côté de cette gestuelle, une grande place est accordée aux interactions ludiques, à la musique et aux saynètes réalisées par les apprenants. Un cocktail langue et mouvement assez détonnant, même si on peut avoir quelques réticences quant au codage grammatical de certains gestes. Quoi qu’il en soit, le mouvement et la répétition des associations langue-gestes fonctionnent ; ils offrent un autre type de stimuli pouvant débloquer des situations trop traditionnelles d’apprentissage. Pour en savoir plus, consultez le site officiel du AIM.

AIM - Wendy Maxwell with a class

Manipuler pour apprendre

Il n’est pas nécessaire de mettre en place une toute nouvelle pédagogie comme le TPR ou le AIM pour introduire du mouvement dans votre classe. Faites jouer vos apprenants ! Rien que les jeux traditionnels comme les jeux de dés ou le jeu de l’oie impliquent du mouvement. Faites jouer de petites scènes où le corps doit offrir une redondance à ce qui est dit. Faites manipuler des objets simples : demander par exemple que l’on décrive le contenu d’un cartable en manipulant ce qu’il contient. Tous ces mouvements associés aux mots, aux phrases, au discours en langue cible, renforcent leur rétention et participent à la création d’une mémoire kinesthésique qu’il ne faut pas négliger. Manipuler, bouger, faire pour apprendre, ce n’est pas si compliqué que cela, c’est un coup à prendre, une façon d’appréhender l’enseignement qui va ravir tous vos apprenants.

Et vous ? Utilisez-vous le mouvement dans votre enseignement/apprentissage du français ?

Dites-moi tout en laissant un commentaire ci-dessous.

Les yeux ne servent pas seulement qu’à lire

Stimuler et utiliser l’intelligence visuelle

Vous l’aurez compris, une façon de libérer les apprenants des blocages est de stimuler plusieurs sens, d’utiliser plusieurs formes d’intelligences ou d’aptitudes. Et alors les stimuli visuels sont une évidence. Mais attention, les yeux ne servent pas uniquement qu’à lire des lignes, des paragraphes, des textes, ils servent aussi à voir des images, des formes et des couleurs, qui associés à la langue cible peuvent aider à son apprentissage.

Soutenir le texte

Si l’absence de texte pour l’apprentissage d’une langue peut encore effrayer certains, rien ne les empêche d’utiliser l’image, l’illustration pour soutenir l’écrit. Les illustrations d’un texte peuvent même stimuler la lecture et faciliter la compréhension. L’exemple le plus évident, c’est la bande dessinée. Le contexte qu’offre la BD est un outil fantastique pour rendre l’apprentissage d’une langue plus naturel, plus aisé, plus simple. Proposez une BD à un élève qui bloque dans un apprentissage traditionnel, et vous allez l’aider à dépasser ses blocages psychologiques. Lisez l’analyse du contexte en BD : La BD, un contexte formidable pour apprendre le français.

ardi - Adèle et la bête - 4 dessins sans texte

Oublier un peu sa langue maternelle

Si votre objectif est de réaliser un enseignement 100 % en français langue étrangère, si vous voulez créer une forme d’immersion dans le cadre de votre classe, alors les supports visuels sont inévitables. Dans un tel cadre, non seulement les gestes, les mouvements deviennent indispensables, mais tous les supports picturaux sont essentiels. Vous comprendrez très rapidement qu’un dessin vaut mieux qu’une définition. Des affiches richement illustrées et dotés du vocabulaire uniquement en langue cible pourront remplacer plusieurs pages de dictionnaire. Faites réaliser par vos élèves ces affiches, et vous combinez dans cette activité à la fois le mouvement et le visuel, alliés à la créativité… voilà un autre bon cocktail pour débloquer un apprentissage.

Les vidéos du Français illustré

Les vidéos sont une autre façon d’utiliser les stimuli visuels. Le problème, surtout pour les débutants, c’est le débit trop rapide des documents authentiques avec un contexte qui n’aide pas toujours à la compréhension. Évidemment, il existe des vidéos spécialement conçues pour l’apprentissage du français par les débutants. Les vidéos du Français illustré que je réalise sont un bon exemple d’input facilement assimilable. Elles se basent sur la théorie du comprehensible input de Stephen Krashen  : pour qu’un apprenant apprenne une langue étrangère, il faut qu’il la comprenne le plus possible ; il faut que ce qu’il voit, lit, entend soit le plus clair possible ; de cette manière, la langue (ses mots, sa structure, sa grammaire, sa prononciation) est intégrée par l’apprenant parce qu’elle fait sens, et ce d’une façon naturelle. Les illustrations permettent à l’apprenant de comprendre ce qui est dit et écrit. La régularité et la répétition des visionnages permettent une acquisition simple et quasi naturelle du français.

Flashcards, memory, memory sonores,

Les illustrations peuvent aussi servir dans les jeux d’apprentissage avec des flashcards où la traduction d’un mot de la langue cible ne se fait pas par son équivalent en langue maternelle, mais avec une illustration. Le Français illustré propose aussi sur son blog des memory basés sur ce système. Et mieux encore, ce sont les memory sonores pour lesquels l’association se fait entre une illustration et la version audio d’un mot.

le français illustré memory les couleurs rose rouge jaune gris noir orange

Le podcast du Français illustré

L’illustration visuelle va de soi. Mais n’oubliez pas qu’un son peut illustrer un mot. L’association d’un son avec l’objet qui le produit est souvent si évidente qu’il serait dommage de ne pas s’en servir pour débloquer un apprentissage trop axé sur l’écrit. Les épisodes du podcast du Français illustré racontent de très courtes histoires d’une dizaine de phrases et sont illustrés par des sons facilement identifiables. Ces petites histoires offrent un accès facile et contribuent à exercer la compréhension orale d’une manière originale.

Une journée à la maison - podcast numéro 3 - le Français illustré

Utilisez-vous les illustrations dans votre enseignement ?

Et si oui, lesquelles et comment ? Partagez-nous ci-dessous votre expérience !

Face aux blocages scolaires liés à l’apprentissage des langues étrangères, la meilleure stratégie à adopter selon moi, c’est d’offrir aux apprenants la plus grande variété de stimuli, et de faire en sorte que ceux-ci soient compréhensibles. Vous pouvez introduire du mouvement dans votre enseignement. Vous devez utiliser tous les supports visuels possibles, non seulement pour égayer l’apprentissage, mais aussi pour le soutenir d’une manière naturelle. Mieux gérer les problèmes de l’apprentissage, c’est multiplier les différents stimuli. Comme le souligne l’universitaire Karin Martin (voir son article à propos du Français illustré), rien de tel qu’un apprentissage multisensoriel pour débloquer nos apprenants, qu’ils soient dyslexiques ou non.

Comment faites-vous pour surmonter les blocages de l’apprentissage du français ? Laissez-moi un commentaire ci-dessous…

Cet article participe à l’événement inter-blogueurs « Surmonter les blocages d’un apprentissage » du blog Grandir en langues . Ce blog aide les lecteurs à changer leur vision des langues et les encourage dans leur apprentissage au quotidien, en donnant des astuces et réflexions pour grandir avec les langues.  https://grandirenlangues.com/mon-premier-evenement-inter-blogueurs/

 

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Cet article a 1 commentaire

  1. Merci pour ta participation à mon carnaval ! Super article 🙂 Je te rejoins complètement, un des grands blocages est souvent de se cantonner à une manière unique d’apprendre, très scolaire, assis sur une une chaise … Alors que ça ne convient pas à tout le monde et que cela limites les capacités de notre cerveau 🙂 En langues évidemment, c’est à mon sens, encore plus important 🙂 T

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