La BD, un contexte formidable pour apprendre le français

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Nous avons vu, dans un précédent article, quelle pouvait être la force des lectures en français facile dans l’apprentissage de cette langue (cliquez ici si vous voulez (re)lire cet article). Dans cet article, nous avons vu l’importance des illustrations pour favoriser la compréhension du texte. Si en tant qu’apprenant, ces illustrations vous aident beaucoup, alors lisez aussi des bandes dessinées (couramment appelés BD).

Adèle et la Bête - Tardi

Les avantages de la BD dans l’apprentissage du français.

Les bandes dessinées ont de nombreux avantages dans l’apprentissage d’une langue étrangère.
– La BD est un document authentique qui n’est pas fabriqué pour les apprenants, mais pour les locuteurs natifs.
– La BD est un moyen idéal pour faire lire les personnes qui n’aiment pas lire.
– La BD est adaptée à ceux qui ont une façon très visuelle d’aborder l’apprentissage.
– La BD contient principalement des dialogues (dans les phylactères, plus couramment appelées ‘bulles’). Ces dialogues se rapprochent la plupart du temps du français parlé, du français courant.
– Enfin, la BD donne à l’apprenant un contexte pictural formidable pour mieux comprendre le texte.

Enfant, avant même de savoir lire, vous avez sans doute lu, enfin regardé, feuilleté des bandes dessinées de la première jusqu’à la dernière page. Un tel enfant ne lit pas textuellement l’histoire, et pourtant il semblerait qu’il la comprenne, du moins partiellement grâce aux images. C’est là que réside en partie la grande force de la bande dessinée pour l’apprentissage des langues étrangères.

Le contexte, un moyen formidable pour apprendre le français

Prenons comme exemple …

… une série de quatre dessins tirés d’un album « Adèle et la bête » de Jacques Tardi (mon auteur de BD préféré). Voici ces quatre dessins sans le texte.

ardi - Adèle et la bête - 4 dessins sans texte

Quelles sont les informations que vous pouvez en tirer qui puissent vous permettre de comprendre finalement ce que les deux personnages en action se disent ?
Un homme lisant un journal montre à une dame une illustration. Il fait un commentaire sur ce dessin. La dame réagit.

Prenons plus en détail le premier dessin.

Tardi - Adèle et la bête - dessin 1 - sans texte

Son visage semble trahir un amusement. Il sourit (même si sa moustache cache un peu ce sourire). Il lit un magazine portant le mot ‘RIRE’.
Quel est le texte qui semblerait vraisemblable ?
– Ah, c’est drôle !
– Comme c’est amusant !

Passons au deuxième dessin.

Tardi - Adèle et la bête - dessin 2 - sans texte

Dans ce deuxième dessin, l’homme montre le magazine à la dame. Il est toujours souriant. Il interpelle la dame sur le contenu de la page montrée. La dame réagit passablement indifféremment. Son visage reste impassible. Qu’est-ce que l’homme pourrait avoir dit ?
– Vous avez vu ce dessin ? Il est drôle, n’est-ce pas ?
– Que pensez-vous de cette caricature ?
Quelle pourrait être la réaction de la dame ?
– Oui.
– Si vous le dites !

Le troisième dessin ne contient pas de texte parlé, seulement la légende de l’illustration montrée. « Ciel mon mari ! » C’est une réplique de théâtre populaire qui est dite quand le mari rentre chez lui et surprend sa femme et l’amant de celle-ci. Le côté apparemment comique est que le mari est représenté ici par un ptérodactyle (la bête présente dans le titre de l’album). Mais passons, ce troisième dessin n’est pas excessivement important pour cette démonstration de l’importance du contexte.

Tardi - Adèle et la bête - dessin 3

Prenons maintenant le quatrième dessin. Que nous dit-il ?

 

Tardi - Adèle et la bête - dessin 4 - sans texte

L’homme sourit toujours, mais son front est un peu plissé. Signe que la réaction de la dame contrarie peut-être l’homme. La dame dit aussi quelque chose. Elle réagit à ce que l’homme vient de dire. On peut imaginer que l’homme cherche à confirmer ce qu’il a dit précédemment.
En fonction de cela, qu’est-ce que l’homme a-t-il bien pu dire ?
– Vous n’aimez pas ?
– Vous ne trouvez ça pas drôle ?
– C’est drôle, n’est-ce pas ?
Et la dame, toujours indifférente :
– Oui !
– Effectivement !

Poursuivons maintenant en comparant le texte déduit du contexte avec le texte original de Tardi.

Tardi - Adèle et la bête - dessin 1
Texte déduit du contexte : Ah, c’est drôle ! / Comme c’est amusant !
Texte original : Ah Ah Ah
Tardi est beaucoup direct, mais notre déduction est assez juste.

Dessin numéro deux avec son texte :

Tardi - Adèle et la bête - dessin 2

Texte déduit du contexte :

– L’homme : Vous avez vu ce dessin ? Il est drôle, n’est-ce pas ? / Que pensez-vous de cette caricature ?
– La dame : Oui. / Si vous le dites !

Texte original :

– L’homme : Mademoiselle, regardez ce dessin humoristique …
– La dame : Heu …
Encore une fois, Tardi est plus économe pour le texte de la dame. Quant à nous, nous sommes peut-être allés un peu loin en imaginant que l’homme demande l’avis de la dame sur le dessin. Cependant, la première interprétation (vous avez vu ce dessin) n’est pas fausse.

Enfin, comparons notre interprétation du quatrième dessin avec le texte de Tardi :

Tardi - Adèle et la bête - dessin 4

Texte déduit du contexte :

– L’homme : Vous n’aimez pas ? / Vous ne trouvez ça pas drôle ? / C’est drôle, n’est-ce pas ?
– La dame : Oui ! / Effectivement !

Texte original :

– L’homme : Désopilant, n’est-ce pas ?
– La dame : En effet.

L’homme ne demande finalement pas un avis, mais une confirmation. Ce que nous avions proposé parmi les possibilités. La dame confirme, sans grand enthousiasme.

Ici, deux choses sont intéressantes à relever :

1. l’interprétation de l’image correspond assez bien avec le texte ;
2. le mot ‘désopilant’ qui est difficile pour un apprenant de niveau débutant et intermédiaire peut être compris, grâce au travail d’interprétation des images (désopilant = drôle).

Certes, ce système d’utilisation du contexte pour aider à la compréhension du texte n’est pas toujours aussi facilement applicable. Parfois, le texte n’a pas beaucoup de liens avec le décor dans lequel se trouvent les personnages. Mais très souvent, cela peut aider. Ça offre ce que Stephen Krashen appelle du « comprehensible input ». Une bonne dose de mots connus, une petite dose de mots inconnus englobés dans un contexte textuel et un contexte pictural qui favorisent la compréhension de ces mots inconnus et ainsi participent à leur apprentissage.

Où trouver des bandes dessinées ?

Si vous vous trouvez dans un pays francophone, alors il n’est pas difficile de se procurer des bandes dessinées. Les librairies ou les bibliothèques sont là pour vous ‘nourrir’.
Si vous n’habitez pas un pays francophone, allez quand même voir dans votre bibliothèque, il y a parfois un rayon livres étrangers avec parfois des bandes dessinées. Peut-être y a-t-il non loin de chez vous une Alliance Française ou un Institut Français avec une bibliothèque fournie en bandes dessinées. Si ce n’est pas le cas, alors il y a toujours internet. De plus en plus de sites proposent des bandes dessinées gratuitement. Faites votre recherche internet. Si vous avez les moyens, vous pouvez évidemment commander par internet des bandes dessinées…

Tintin - On a marché sur la lune - Hergé

Astérix aux jeux olympiques

Lucky Luke

 

 

Quels titres ?

Il est difficile de conseiller des bandes dessinées. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les âges. Mais si vous insistez, je peux nommer mes bandes dessinées. Celles de mon enfance avec Tintin, Astérix et Lucky Luke. Celles que j’ai lues après : les bandes dessinées de Tardi, Boucq et Mœbius.

Tardi - Le Savant Fou

Boucq - Les pionniers de l'aventure humaineMoebius - L'homme du Ciguri

 

 

Bonnes lectures,
Jérôme Paul

 

 

 

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